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BEMBO (Pietro), Gli Asolani (1505)

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gli asolani di messer/ pietro bembo.

[souscription] Impressi in Venetia nelle case d’Aldo Romano nel an-/no. m d v. del mese di Marzo.

Grand in-8° [96] feuillets signés a-m8 non chiffrés. Marque au verso du dernier feuillet (Fletcher 3 et A2). Caractères italiques. Il existe des exemplaires imprimés sur vélin ; d’autres auxquel a été ajouté un bi-feuillet n2 : n portant une table d’errata et n2 blanc.

Edition originale des Asolani, pourvue d’un privilège de la Seigneurie de Venise pour dix ans. Le traité, en forme de dialogue et en trois parties, est expressément imité des Tusculanes de Cicéron, dont il reprend jusqu’à la suggestion du titre. La langue en revanche est celle de Boccace, dont Bembo reconnaît le modèle en matière de prose en vulgaire. Le dialogue, situé au château d’Asolo, à la cour de Caterina Cornaro [1], reine de Chypre, à l’occasion des fêtes pour le mariage d’une suivante, met en présence trois jeunes femmes et trois jeunes hommes et porte sur la nature de l’amour. Les personnages interrompent souvent leur discussion en récitant des vers, qui illustrent les thèses débattues. A la différences des ouvrages sur le même sujet composés à la fin du Quattrocento, Bembo refuse à la fois le déguisement pastoral et l’allégorie, et il caractérise avec précision le cadre et les personnages, dont il fait des amoureux véritables qui évoquent leurs tourments, confrontant plutôt des expériences que des doctrines. Perrottino illustre pour sa part la position humaniste, hostile à l’amour, présenté comme la voie qui mène l’homme au malheur ; Gismondo, sous le personnage duquel on peut identifier Bembo, chante l’amour heureux, capable de réjouir les âmes, Lavinello enfin expose la doctrine néo-platonicienne et illustre les formes de l’amour spirituel.

L’œuvre avait été composée par Bembo entre 1497 et 1503, peut-être en hommage à Maria Savorgnan, et sa publication retardée par la mort de son jeune frère. Le poète dédia son livre à Lucrezia Borgia (1480-1519) [2]. Certains exemplaires ne portant pas de dédicace. Selon Renouard, celle-ci aurait été supprimée par égard pour le pape Jules III, alors en conflit avec la cour de Ferrare. Cette interprétation est aujourd’hui contestée, d’autant plus que les exemplaires avec la dédicace ne sont pas plus rares que ceux desquels elle est absente. Selon C. H. Clough, la dédicace, rédigée dès mars 1505, aurait été volontairement antidatée ; l’éditeur aurait commencé l’impression sans attendre l’approbation de Lucrezia, et aurait réservé trois pages blanches pour le texte d’hommage.

Dès 1496, Bembo avait collaboré avec Alde l’ancien. Il publia son De Ætna, récit en forme de dialogue relatant son ascension du volcan, dédié à Angelo Gabriele. Ce volume, réalisé aux frais de l’auteur, était le premier pour lequel Alde avait utilisé de nouveaux caractère romains gravés par Francesco Griffio à l’imitation de l’écriture caroline. En juillet 1501, parut chez Alde l’édition des Cose volgari de Pétrarque procurée par Bembo, et en août 1502, celle de Dante (voir Dante, Le Terze rime, Venise, Alde, 1502), avant que Bembo ne donne les Asolani, en mars 1505. Les Asolani s’inscrivent ainsi dans une continuité éditoriale. Alde réimprima l’ouvrage en 1515. Une véritable deuxième édition, revue et corrigée en accord avec les considérations sur la langue formulées dans les Prose, fut publiée par Bembo en 1530 (Venise, Nicolini da Sabbio) ; une troisième édition parut en 1540 (s.l.n.n.), probablement revue par l’auteur, offrant des modifications orthographiques dans le texte.

Hauteur : 187 mm ; exemplaire lavé, à grandes marges, orné de quatre initiales enluminées. Celles-ci, exécutées au XIXe siècle, ne sont pas des « faux » ; elles correspondent à une vogue « rétrospective » du collectionnisme italien de l’époque, dont les exemplaires enluminés pour le bibliophile Angelo D’Elci constituent l’aspect le plus connu, voir A. Dillon Bussi, « Le Aldine miniate della Biblioteca Medicea Laurenziana », in Aldo Manuzio tipografo, p. 201-205, repris et complété dans Aldus Manutius and Renaissance Culture, p. 201-216.

Maroquin rouge, dos à cinq nerfs, orné de filets et de fleurons dorés, triple filet sur les plats, écoinçons dorés, dentelle intérieure, tranches dorée sur marbrure (reliure italienne du début du XIXe siècle).

Provenance : nombreuses annotations marginales, lavées pour la plupart ; accompagnant tout le texte qu’elles balisent, ces notes mettent en évidence les définitions de l’amour. De nombreuses marques (mots soulignés et traits verticaux en marge) sont attribuables à la même main, témoignant d’une lecture attentive.

→ Quadrio, I, 198 ; Gamba, 132 ; Renouard, Alde, p. 48, n° 1 ; Brunet, I, 766 ; Haskings Jackson, 65 (exemplaire portant des corrections manuscrites de Bembo), 836 (avec l’errata) ; BL, 80 (5 exemplaires) ; Edit XVI B-1169 (34 exemplaires) ; Ascarelli-Menato, p. 323-325 ; In Aedibus Aldi, 40 ; Ahmanson-Murphy, 88 ; Aldo Manuzio tipografo, n° 90.

C. H. Clough, « Gli Asolani of 1505 », Modern Language Notes, LXXXIV, 1969, p. 16-45 ; Id., « The printing of the first edition of P. B.’s Gli Asolani », ibid., LXXXVII, 1972, p. 134-139 ; C. Fahy, « A note on the printing of the 1505 Aldine edition of P. B.’s Asolani », Library, XXVII, 1972, p. 136-142.

[1Caterina Cornaro (1454-1510), épouse de Jacques II de Lusignan, roi de Chypre ; souveraine de l’île, elle avait abdiqué en 1489 en faveur de Venise.

[2Fille du pape Alexandre VI Borgia et de Vannozza Cattanei, épouse en troisièmes noces d’Alfonso Ier d’Este, et duchesse de Ferrare.

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