accueil

BEROALDO L’ANCIEN (Filippo), Epigrammata (avant 1508)

1

Epigram[m]ata : ac Ludicra quedam facilioris/ muse carmina Eruditissimi viri Philippi Beroaldi. ab Asce[n]/sio nuper elucidata et eo ordine disposita ut maxime sont om/nia prima./ [marque : Alaventure tout vient apoint qui peut atendre. denis Roce]/ Ante domum cuius Martini pendet imago/ Rocius hec vendit pressa dionysius.

Petit in-4° [30] feuillets signés A8 B4 C8 D4 E6 non chiffrés. Marque sur le titre (93 mm) aux armoiries et à la devise de Denys Roce. Caractères gothiques.

Edition posthume des poèmes de Filippo Beroaldo l’ancien, publié par l’humaniste et imprimeur Josse Bade Ascensius (c.1461-1535) [1], sous le titre d’Epigrammata. Bade lui-même avait été l’élève de Beroaldo à Bologne ; il publia l’œuvre complète de son maître chez différents libraires, avant de les imprimer sur ses propres presses en 1508-1510. Il avait fait paraître une première édition du recueil en 1492 (Lyon, P. Trechsel), et une seconde édition en 1508 à son nom. Une troisième édition, contenant des pièces supplémentaires, mais sans l’épigramme de Bade au lecteur parut en 1513. L’édition sans date publiée à l’adresse de Denys Roce a dû être imprimée avant 1508 ; le libraire Denys Roce ou Rosse, établi à Paris rue Saint-Jacques à l’image Saint-Martin, exerça de 1490 à 1517 ; un grand nombre des ses éditions ne sont pas datées.

Le recueil, dédié par Beroaldo à Jacopo Antiquari [2], de Pérouse, secrétaire de Galeazzo et de Lodovico Sforza, ducs de Milan, s’ouvre par deux importants poèmes spirituels, le Carmen lugubre (publié par Josse Bade, le 7 juillet 1503), et le Peanes Virginis Mariæ, traduit de Pétrarque. Suivent trois poèmes moraux, Vir prudens, De officio scribæ et le Carmen de Fortuna, dédié à Mino Roscio, deux carmina dont un adressé à Annibale Bentivoglio [3], ainsi qu’une longue adaptation en vers de l’épisode de Tancrède, tiré du Decamerone (IV, 1) de Boccace, sous le titre de Carmen de duobus amantibus ; ce texte avait été traduit en latin par Leonardo Bruni (Mayence, avant 1470), et mis en vers italiens par Girolamo Benivieni (Florence, avant novembre 1494) ; une troisième version, anonyme, en ottava rima, fut publiée à Brescia, entre 1491 et 1499. A cette partie s’ajoutent des pièces amoureuses, « ludicra haec amatoria », selon le choix de l’imprimeur, le Carmen de Osculo, Cupido et les Diræ in maledicam. Le recueil des epigrammata contient 11 pièces diverses, dont des epitaphia ; certaines sont adressées à Petrus Bonus [Pietro Bono], luthiste de Mathias Corvin, Giovanni Bentivoglio [4], Malatesta Carbonesi, Robertus Sanctoseveritas [Roberto Sanseverino (?)].

La poésie amoureuse innove par l’utilisation des comparaisons savantes et la force des descriptions. Dans ses vers amoureux, Béroalde invente ainsi le genre des basia, qu’illustrera Jean Second. Dans le Carmen lugubre, son chef d’œuvre, Béroalde met en œuvre toutes les ressources de l’amplification oratoire et montre son art de la dilatatio en une sorte d’encyclie funèbre variant un seul thème à l’infini, selon une poétique de la liste. Le Carmen lugubre fut traduit par Marot, sous le titre des Tristes vers de Philippe Beroalde, et publié en 1532 dans L’Adolescence clémentine.

Hauteur : 198 mm. Veau brun estampé à froid, tranches lisses (reliure de l’époque remontée et très restaurée ; seuls les plats ont été conservés).

Index Aureliensis, 117.795. B. Moreau (ne cite pas cet ouvrage) ; Renouard, p. 375 ; BL 50.

[1Originaire de Gand, Josse Bade, après un apprentissage à Lyon chez Jean Trechsel, s’établit à Paris où il ouvrit un atelier, le prælium Ascensium, en 1507, publiant un nombre considérable d’ouvrages, en particulier des classiques latins et des textes humanistes. Il est l’auteur de nombreux commentaires et d’une suite de la Nef des fous de Sébastien Brandt.

[2Jacopo Antiquari (c. 1444-1512), secrétaire de la cour pontificale à Bologne puis des Sforza à Milan, il composa une Oratio en honneur de Louis XII ; un recueil de ses Epistolæ a été publié en 1519.

[3Fils de Giovanni II Bentivoglio et de Ginevra Sforza, né en 1469, patricien de Bologne qu’il chercha à arracher au pouvoir pontifical et à restaurer en seigneurie ; il mourut en 1540 ; il avait épousé Lucrezia d’Este, fille naturelle d’Ercole I d’Este.

[4Giovanni Bentivoglio (1443-1508), fils d’Annibale Bentivoglio et de Donnina Visconti ; seigneur de Bologne, il fut renversé par Jules II en 1506 ; il était le père du précédent.

© 2000-2017 Tous droits réservés - Fondation Barbier-Mueller pour l'étude de la poésie italienne de la Renaissance. Design : Aldemos |