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BROCARDO (Antonio), Rime del Brocardo et d’altri autori (1538)

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RIME DEL BRO/cardo et d’altri/ avthori./ [armoiries]

[souscription] Finiscono le opere volgari di M. Francesco Maria/ Molza Modanese. Stampate in Venetia. L’Anno/ m.d.xxxviii. Il Mese di Decembre.

Petit in-4° [84] feuillets signés A-X4 non chiffrés ; C3, G2, X4 blancs. Armoiries de la famille Da Legge sur le titre (101 mm) [« parti d’azur et d’argent, à la bande ondée de l’un en l’autre »]. Caractères italiques. La disposition des octaves de la Ninfa tiberina est erronée, à la suite d’un incident de composition, ainsi que l’indique la table des errata.

Recueil collectif procuré par Francesco Amadi (1500-1566) [1], dont les première et troisième parties sont dédiées à des membres de la famille Legge [2], de Venise, la deuxième étant introduite par une épître à Marc’Antonio Venier. Il est publié sous le titre de Rime del Brocardo, et publié sept ans après la mort d’Antonio Brocardo, en 1531. Ce dernier avait été impliqué, si l’on en croit les témoignages de Giovanni Brevio et de Marin Sanudo, dans une violente querelle avec Bembo, son ancien maître et ami, et il serait mort de dépit, à la suite des calomnies de l’Arétin qui aurait joué le rôle d’homme de main de Bembo. Si les deux poètes ont pu être rivaux, la poésie de Brocardo en revanche ne s’oppose pas radicalement à celle de son adversaire, même si ses pièces (24 sonnets, sept canzoni et un capitolo) restent d’une certaine manière excentriques par rapport à l’orthodoxie bembienne en exploitant quelques formules complexes, héritées du lyrisme de la fin du Quattrocento ; le sonnet ‘Non mi vedete oimè di pianger lasso…’, construit sur une anaphore de l’incipit aux vers 3, 5, 7, 9, 12, propose également un schéma de rimes étranger au modèle pétrarquien (abab baba cde edc), ou le sonnet ‘Occhi miei lassi in rimirar quel sole…’, dont les quatrains reposent sur la reprise des mêmes mots à la rime, sole et parte. Enfin, les pièces d’inspiration pastorale illustrent le dialogue du poète avec Bernardo Tasso, dont les Amori ont été publiés en 1531, et une référence classique étrangère à l’imitation du seul Pétrarque.

Outre les rime de Brocardo, le recueil propose les rime de Nicolò Delfino ou Dolfin (1483-1528) , treize sonnets et dix canzoni, et surtout les rime de Francesco Maria Molza (1489-1544) [3], qui en constituent la partie la plus remarquable : 43 sonnets, neuf canzoni, cent stanze sur le portrait de Giulia Gonzaga , 24 stanze adressées au cardinal Ippolito de’ Medici, La Ninfa tiberina, recueil de 80 stanze destinées à chanter la dame romaine Faustina Mancini Attavanti, ici en première édition (pour une autre édition, imprimée vers 1544, voir Molza, La ninfa tiberina, s.l.n.n., s.d.). Les rime de Molza connaissaient jusqu’alors une diffusion presque exclusivement manuscrite et il est probable que le recueil procuré par Amadi n’avait pas été explicitement autorisé par le poète ; la disposition précise des pièces toutefois indique que l’éditeur avait à sa disposition un manuscrit de l’auteur. Molza et Brocardo du reste avaient déjà été réunis en 1530 dans Il Libro intitulato Bellona de Girolamo Casio.

Hauteur : 151 mm. Cartonnage ancien.

→ Quadrio, II, 238 ; Brunet, III, 1818 (Molza) ; Vaganay, 1538, n° 4 ; Edit XVI, B-3755 (16 exemplaires) ; Panizzi, 950.

Sur le recueil : S. Bianchi, « Un manoscritto autografo di rime di F. M. Molza ed una piccola raccolta a stampa del 1538 », Filologia e critica, XVII, 1992, p. 73-87.

[1Originaire de Venise, Francesco Amadi (1500-1566) fit ses études à Padoue, où il obtint son doctorat en droit en 1545. Il était lié à Brocardo dont la sœur avait épousé son propre fils, Agostino Amadi. Outre ses travaux d’édition, il laissa un Dialogo della lingua italiana (publié en 1821) et différents traités manuscrits conservés à la Biblioteca Marciana (it. IX 109 7409), parmi lesquels des travaux consacrés à la langue et à l’éloquence. Ses poésies, en revanche, ne semblent pas avoir été conservées.

[2Legge, Da Legge ou parfois Leze, famille noble de Venise, inscrite au Grand Conseil à la fin du XIIIe siècle.

[3Sur Francesco Maria Molza, voir Molza, La ninfa tiberina, s.l.n.n., s.d.

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