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CARO (Annibal), Apologia degli Accademici di Banchi di Roma contra M. Lodovico Castelvetro (1558)

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APOLOGIA/ de gli academici/ di banchi di roma/ contra m. lodovico/ castelvetro da modena./ Informa d’uno Spaccio di Maestro Pasquino./ Con alcune operette,/ del predella,/ del bvratto,/ di ser fedocco./ In difesa de la seguente Canzone del Commendatore/ annibal caro./ Appertenenti tutte à l’uso de la/ lingua toscana, & al uero/ modo di poetare./ [marque : vim vi]/

[souscription] In Parma, in casa di Seth Viotto, del/ mese di Nouembre, l’anno/ m d lviii.

In-4° [142] feuillets signés A-Z4 a-i4 k6 l-m4 paginés 268 [XVI]. Marque sur le titre, en fait emblème de Caro (95 mm ; Vaccaro 162 ; Zappella, 156) ; autre au verso du dernier feuillet (68 mm ; Vaccaro, 161 ; Zappella, 810-811) ; fleurons ; lettrines ; caractère romain. Il existerait un état différent du titre, portant Spaccio di Maestro Pasquino Romano a Messer Lodovico Castelvetro da Modena, avec la marque à la licorne utilisée ici sur le dernier feuillet. Certains exemplaires passent pour avoir une telle marque gravée sur cuivre.

Dernière œuvre publiée par Caro de son vivant, déguisé sous l’identité collective et fictive des Accademici di Banchi di Roma, l’Apologia est une réponse à la polémique ouverte par Ludovico Castelvetro contre la canzoneVenite à l’ombra de’ gran Gigli d’oro…’, à la gloire de la Couronne de France. A la demande du cardinal Farnese, Caro avait composé cette pièce, qui suit le modèle pétrarquien (RVF 119), après le 18 juillet 1553, date de la mort d’Orazio Farnese, époux de Diane de France, fille naturelle du roi Henri II. Du Bellay, à peine arrivé à Rome, traduisit la canzone sous le titre de ‘Louange de la France [1], et il félicita Caro pour son poème, peut-être au nom de l’ambassadeur de France, dans une épigramme latine ‘De laudibus Galliae ad Annibalem Carum [2]. A l’inverse de cette approbation officielle, répondant à la demande d’Aurelio Bellincini, Castelvetro avait formulé quelques critiques personnelles :

  • Ma non mostrate queste cianze, o le dite come mie a niuno. Io mi sono indotto a scriverle per compiacervi. E l’argomento de la canzone è nulla (p. 16).

Il s’agissait alors de brèves notes, peu argumentées. En outre, dans sa Ragione d’alcune cose segnate nella canzone d’Annibal Caro (Modène, Gadaldini, 1559, voir ce volume), il montre que ces critiques n’étaient pas destinées à être diffusées. Elles circulèrent pourtant, suscitant des moqueries à l’encontre de Caro, qui conduisirent celui-ci à répliquer. Caro était d’autant plus surpris du ton exagérément véhément de Castelvetro, qu’il ne comprenait pas les raisons d’une telle acrimonie et qu’il ne connaissait pas son adversaire. Il décida de répondre pour défendre son honneur mis en cause et réfuta les accusations dirigées contre sa personne ; la polémique privée donna ainsi son sens à l’Apologia bien plus que la polémique littéraire, en dépit des indications données sur le titre de l’ouvrage.

Le Spaccio di Maestro Pasquino, mettant en scène la fameuse statue romaine vouée à la dénonciation, donne à l’œuvre son cadre. Le Risentimento del Predella, traitant de questions de langue et de poétique, occupe une place particulière dans l’apologie, en alléguant des passages de poètes grecs et latins analogues aux passages critiqués par Castelvetro. La Rimenata del Buratto est une attaque en retour, dirigée contre les termes utilisés par Castelvetro, et surtout sa pose de critique malveillant. Le sogno di ser Fedocco, inspiré de la lettre du 6 décembre 1537 de Pietro Aretino à Gianjacopo Lionardi, est comme l’allégorie de la querelle. Les dix sonnets caudati dits Mattacini, attribués dans la fiction au même Fedocco, qui aurait eu en songe une inspiration envoyée par Pétrarque et Burchiello, sont extrêmement injurieux à l’encontre de Castelvetro. Pasquin finit par accuser celui-ci d’avoir fait assassiner Alberigo Longo, qui avait, sans le connaître, pris le parti de Caro, et surtout d’être le traducteur de textes de Mélanchthon. Les sonnets Mattacini sont suivis d’une corona de neuf sonnets caudati, où l’incipit de chaque sonnet correspond au dernier vers du sonnet précédent. Six lettres, étrangères à la fiction de l’Accademia dei Banchi, confirment la réalité de la querelle. Caro rappelle en particulier la réaction du cardinal de Trente, qui avait donné foi aux accusations de Castelvetro, jusqu’au moment où lui-même put le rencontrer et se justifier.

Le volume est imprimé par Seth Viotti. Celui-ci donna une seconde édition, en 1573 « Con licenza de’ Superiori », de [VIII]-120 feuillets. Viotti exerça à Parme de 1545 à 1579 comme imprimeur-libraire et marchand-fabricant de papier.

Hauteur : 218 mm, quelques témoins. Demi-vélin, dos long orné de compartiments et de fleurons dorés, plats marbrés.

L’exemplaire est enrichi, à la suite, des feuillets 62 à 80 des Rime e prose de Girolamo Zoppio (Bologne, Alessandro Benacci, 1567), d’une épître à Giulio Cesare Colonna, datée de Bologne, 15 juillet 1567, et un Discorso intorno ad alcune oppositioni di M. Lodovico Castelvetro du même Zoppio, daté du 8 janvier 1567 ; voir également Zoppio, Rime e prose, Bologne, Alessandro Benacci, 1567. Ces feuillets ont été soigneusement montés au format in-4°.

Provenance : ex-libris gravé, aux armes du bibliophile vénitien Jacopo Soranzo [non recensé par Gelli ; sur cette provenance, voir Boatto, Le Nuove rime, s.l.n.n., 1540].

[1J. du Bellay, Poésies diverses, éd. H. Chamard, Paris, stfm, [1923], 19872, t. V, p. 308-317.

[2Id., Poematum libri quatuor, Paris, Morel, 1558, f. 17 ; Ed. G. Demerson, Paris, stfm, 1984, p. 81-83.

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