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CASTIGLIONE (Baldassare), Le Parfait courtisan (1585)

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le/ PARFAIT/ covrtisan dv/ comte balta-/sar castil-/lonnois,/ [fleuron]/ Es deux Langues, respondans par deux colomnes, l’vne/ a l’autre, pour ceux qui veulent auoir l’in-/telligence de l’vne d’icelles./ De la traduction de Gabriel Cha-/pvis Tourangeau./ [marque : vniversitas rervm pvlvis in manv iehovae.]/ a lyon,/ par iean hvgvetan./ m.d.lxxxv./ Auec Priuilege du Roy.

[souscription] a lyon./ Imprimé par Claude/ Bourcicaud. 1585.

In-8° [350] feuillets signés *8 **6 a-z8 A-V8 paginés [XXVIII] 1-192 139 194-211 112 213-218 119 220-221 122 223-236 137 236-237 240-241 42 243-352 (353) 354-442 403 444-660 [XVI]. Marque sur le titre (48 mm). Bandeaux ; lettrines ; texte sur deux colonnes, caractères italiques pour l’italien, romain pour le français.

Le dialogue du Cortegiano est situé par Castiglione à la cour d’Urbin, et il se déroule sur quatre soirées, du 3 au 7 mars 1507. Les principaux interlocuteurs sont Giuliano de’ Medici, Pietro Bembo, Ottaviano Fregoso, Bernardo Bibbiena, réunis dans la Sala delle Veglie, en présence de la duchesse. Sous forme de jeu, ils imaginent de se définir, de définir la nature du courtisan, qui apparaît à travers l’idéal de sprezzatura. Le dialogue, vif et spirituel, est aussi l’occasion d’une réflexion sur la langue littéraire et la langue de cour, définissant les formes du meilleur style, et qui aboutit à une prise de position opposée au purisme toscan au profit d’une langue « italienne », copieuse et variée, même si le texte lui-même se plie encore au canon toscan. La quatrième partie est consacrée à l’amour, activité privilégiée de l’homme de cour, et culmine sur un discours de Bembo, véritable hymne à l’amour et à la beauté.

Avant sa publication, sur les presses d’Alde, le Libro del Cortegiano avait été l’objet de trois rédactions. Castiglione avait composé une première version entre 1513 et 1515, dont le dédicataire aurait dû être François Ier. Une seconde édition fut achevée en 1521, la troisième, en 1524, qui circula en manuscrit, poussant Castiglione, ainsi qu’il l’indique dans son épître à Michel de Sylva, évêque de Visée [1], à se décider à la publier après une dernière révision. Le volume fut alors imprimé au printemps 1528, tiré à 1030 exemplaires, dont 30 sur papier « royal ».

L’œuvre connut une première diffusion française dès la fin des années 1530, par plusieurs traductions concurrentes, probablement commandées par le roi : celle de Mellin de Saint-Gelais (traduction partielle du livre III ; BnF, ms. fr. 2335 ; traduction complète ; Copenhague, Bibliothèque Royale ms Thottske 1088) ; la traduction intégrale de Jacques Colin (BnF, ms. fr. 12249 et 19017 ; Getty Museum, 87.0325, ms. provenant du château de La Roche-Guyon donnant l’identité du traducteur) ; une version partielle due à Jean Chaperon, dit « Le lassé de repos ». Ces versions ont connu une histoire éditoriale complexe : la version Colin, incomplète, publiée en avril 1537 (Paris, Sertenas & Longis), ou, la même année, complétée par la version du livre I due à Jean Chaperon (Paris, Sertenas & Longis, 1537) ; la même version, revue et corrigée (Lyon, François Juste, 1538) ; la même version, dans un montage hybride avec le livre III dans la version de Saint-Gelais (Lyon, D. de Harsy, 1537), édition pourtant autorisée par une cession du privilège de Longis à Harsy.

Gabriel Chappuys (1546-1611), le principal traducteur de l’époque de Henri III, donna du Cortegiano une nouvelle version, établie sur l’édition du texte italien procurée par Lodovico Dolce (Lyon, G. Rouillé, 1550). Cette traduction parut en 1580 (achevé d’imprimer daté du 30 novembre 1579), à Lyon, chez Louis Cloquemin, avec le texte en regard, et une dédicace à Nicolas de Bauffremont, bailli de Chalon (aujourd’hui Chalon-sur-Saône) ; elle fut réimprimée en 1585, à Lyon, par Claude Broudelle, dit Bourcicaud pour Jean II Huguetan, marchand libraire, actif à Lyon de 1559 à 1598, avec un nouveau privilège et une dédicace au roi, ainsi qu’à Rouen par Georges L’Oyselet pour Nicolas Bonfons et Claude Micard à Paris, avec une seconde émission en 1592 à l’adresse d’Abel L’Angelier. La traduction de Chappuys servit de base à la version anglaise de Thomas Hoby, publiée en édition trilingue (Londres, John Wolfe, 1588).

Hauteur : 162 mm. Parchemin à recouvrement, trace de lacets (reliure de l’époque).

Provenance : signature Rcallier (?) sur le titre ; annotation d’une main du XVIe siècle en marge de la page 268.

→ Baudrier, I, 60-61 (Bourcicaud) ; XI, 344 ; Bingen, Maître italien, p. 299, n° 58.

[1Don Michel da Silva, évêque de Viseo, au Portugal, cardinal en 1541. Il mourut en 1556.

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