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COLONNA D’AVALOS (Victoria, marquise de Pescara), Le Rime spirituali (1546)

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LE RIME SPIRITVALI/ DELLA ILLVSTRISSIMA/ SIGNORA VITTORIA/ COLONNA MARCHE-/SANA DI PESCARA./ non piv stampate da pochissime : infvori, le qvali altrove cor=/rotte, et qvi corrette/ si leggono./ [marque]/ Con gratia & priuilegio,/ in vinegia ;/ appresso vincenzo valgrisi :/ m d x l v i.

In-4° [50] feuillets signés A-M4 *2 chiffrés 48 [II]. Marque sur le titre (85 mm ; Zappella, 1034-1036), répétée au verso du dernier feuillet ; lettrine ; caractères romains.

Première édition séparée des Rime spirituali, publiée un an avant la mort de Vittoria Colonna. Le recueil contient 180 sonnets, desquels 145 sont inédits ; 33 avaient déjà été publiés dans les Rime de 1540, 14 dans les Rime de 1538-1539, souvent avec des variantes. Le texte semble avoir été établi sur le manuscrit personnel de l’auteur, probablement par les soins de l’agent des Colonna à Venise, Donato Rullo, ou Giovanni Antonio Clario, d’Eboli, connu sous différents pseudonymes. Mais il ne constitue pas pour autant un ensemble clairement organisé, à l’exception d’une partie liminaire et d’une sorte de conclusion. Le recueil s’ouvre sur la définition d’une nouvelle inspiration sacrée, assimilant les clous de la Croix, le sang et le corps du Christ à la plume, au papier et à l’encre de la poétesse ; dans la quatrième pièce, les sonnets sont présentés comme autant de flammèches qui sortent d’un esprit incendié par le feu divin, et leur publication sert à échauffer un gentil core. La dernière pièce exprime la crainte que le chant ne s’épanche plus que par habitude, « sol per usanza », sous l’action du Démon, qui pousse à considérer comme « utili i giorni forse indarno spesi » : le feu brûlera en silence, et le chant adressé à Dieu sera entrecoupé de pleurs, « interrotto dal duol, dal pianger ficoco ». Le recueil toutefois tire sa cohérence de son contenu nettement religieux, reposant sur de précises références scripturaires, hagiographiques et théologiques. Les personnages des Ecritures remplacent ceux de la mythologie, et fournissent un ample répertoire de métaphores, d’images ou d’allusions, de la trahison de Judas (17) au Jardin des Oliviers (151). Un des thèmes dominants est la méditation sur la Croix, sur le crucifix, sur les plaies du Christ. La Vierge est célébrée dans 11 sonnets. Certains textes sont aux marges de cette dimension spirituelle : deux pièces sur la situation de l’Eglise (91, 116), un billet pour accompagner le don d’une image du Sacré-Cœur, des sonnets funèbres ou de correspondance (dont un sonnet à Bembo, 137). Comme dans les rime profanes, la poésie de Vittoria Colonna ne tire pas sa force de la virtuosité formelle ou du raffinement lexical ou syntaxique, mais de son éthos tout empreint de furor.

Le volume est dû à Vincent Vaugris, d’origine française, établi à Venise al segno d’Erasmo, en 1539. Il publia plus de 200 éditions jusqu’en 1572.

Hauteur : 238 mm ; exemplaire grand de marges, sur papier fort. Maroquin brun, dos à trois nerfs, double encadrement de filets à froid et dorés, fleurons d’angle, motif central, tranches vertes (reliure vénitienne du milieu du XVIe siècle).

→ Brunet II, 161 ; Vaganay, 1546, n° 3 ; BL, 191 ; Edit XVI C-5163 (17 exemplaires) ; Ascarelli-Menato, p. 375-376.

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