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PETRARCA (Francesco), Il Petrarca (1558)

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il/ PETRARCA/ con dichiara-/zioni non piv/ stampate,/ Insieme alcune belle Annotazioni, tratte/ dalle dottissime Prose di Monsignor Bem-/bo, cose sommamente vtili, à chi di ri-/mare leggiadramente, & senza/ volere i segni del Petrar-/ca passare, si pren-/de cura./ E più vna conserua di tutte sue rime ridotte/ sotto le cinque lettere vocali./ [marque : in virtvte et fortvna] in lyone, appresso/ Guglielmo Rouillio./ 1558./ Con Priuilegio de Re per anni diece.

In-16° [312] feuillets signés a-z8 A-N8 *8 **8 *8 ou *-***8 paginés (3-4) 5-577 [XIL dont III bl.] ; il existe deux états du dernier cahier, qui diffèrent par les signatures * ou ***. Marque sur le titre (31 mm) f. a8 v° : portrait de Laure et Pétrarque (ovale ; 42 mm). Les Trionfi sont illustrés de 6 vignettes (41 x 50 mm) ; les bois sont usés. Lettrines, fleurons, bandeaux typographiques ; texte en caractères italiques, suivi d’annotations en caractères romains.

Troisième édition du Petrarca, publiée à Lyon par Guillaume Rouillé, avec une dédicace à Marguerite de Bourg. Cette édition suit les deux éditions de 1550 et de 1551, sur un nouveau privilège pour 10 ans, alors que le privilège précédent, du 9 juillet 1549 venait à expiration. Elle contient des annotations tirées des Prose de Bembo, ainsi qu’une liste des rimes. L’édition est généralement suivie du Rimario établi par Lucantonio Ridolfi, publié pour la première fois en 1551, chez le même libraire (voir [L. A. Ridolfi], Tavola di tutte le rime del Petrarca, Lyon, G. Rouillé, 1574).

Le libraire lyonnais Guillaume Rouillé poursuivit avec un véritable professionnalisme et une tout autre compétence le projet italianisant de Maurice Scève et Jean de Tournes, éditeurs de Dante et de Pétrarque [1]. Il bénéficia du concours d’un véritable osservatore della lingua toscana [2], un personnage considérable, qui unissait les prestiges de la naissance et la richesse aux compétences du lettré, Lucantonio Ridolfi [3]. Celui-ci offrit à Rouillé, en premier lieu un concours savant, procurant des textes bien établis, « non restando mai di giovarmi fino a proccacciarmi col mezzo de’ vostri amici i testi corretti [4] », et lui fournissant un programme éditorial, à savoir précisément Dante, Pétrarque et Boccace, qu’il éclairait de ses propres remarques érudites, annotations, commentaires ou index composés dans sa jeunesse ou fruit des échanges savants qu’il entretenait avec ses compatriotes. Son exemplaire annoté de Pétrarque (Venise, 1525) est conservé à la Bibliothèque Ambrosienne. Ridolfi eut en outre une influence décisive dans le choix des éditions italiennes en petit format, et il contribuait notablement aux investissements financiers de ces éditions ; en 1579 encore, sa banque se portait caution de Rouillé pour les sommes que le libraire devait à certains libraires de Naples. Ridolfi patronnait les initiatives italiennes du libraire, ainsi que l’attestent les témoignages de gratitude et les termes hyperboliques employés dans les épîtres liminaires, qui vont bien au-delà des conventions du genre :

  • Voi mi sapesti già cosi bene, Signor mio osservandissimo, persuadere che io mi dovessi provare di stampare libri in vulgare Italiano […] dapoi che mi confortasti à seguitare l’impressa, rimostrandomi come havevo magior commodità par ciò fare.

Rouillé publia ainsi dès 1551 la Commedia de Dante « in picciola forma », dédiée à Rodolfi, d’une qualité typographique et philologique qui surpassait largement la médiocre édition de Scève et De Tournes, en 1555, le Decamerone de Boccace, « con nuovi e bei caratteri in picciolissima forma [5] ». En 1557, Ridolfi complétait son édition du Decamerone par un Ragionamento havuto in Lione, mettant en scène deux interlocuteurs, probablement des personnages fictifs, un certain Claude de Herberay et Alessandro degli Uberti, qui débattaient de certains « luoghi del Cento Novelle » et de questions portant sur la langue des trois grands auteurs toscans. Le dialogue servait dans une polémique italienne contre Ruscelli, et il suscita une réplique du Dubbioso Accademico, Castelvetro, adressée à Francesco Giuntini.

Ce fut surtout Pétrarque qui suscita l’intérêt du savant italien et du libraire lyonnais, qui publia six éditions, en neuf émissions : en 1550, deux éditions du texte annoté par Antonio Brucioli, dédiées par le libraire à Ridolfi, et en 1551 une nouvelle émission, dédiée à Giovanni Mannelli [6]. La seconde de ces éditions était augmentée d’un Rimario ou tavola delle rime préparé par Ridolfi au cours de ses études ; cette table sera reprise sous forme abrégée dans les éditions suivantes du Petrarca, et régulièrement publiée jusqu’à la fin du siècle par les libraires vénitiens. Une nouvelle édition parut en 1558, adressée à Marguerite de Bourg, à qui avait déjà été dédié le Decamerone. En 1564, le libraire donna une édition sans annotations et une édition « con nuove spositioni », contenant en particulier une longue lettre de Ridolfi à Alfonso Cambi, évoquant le débat à propos du jour de l’innamoramento de Pétrarque, que le lettré avait eu avec Fabrizio Storni, « partito dalla corte di Francia per tornarsene verso Roma al suo padrone ».

Plusieurs de ces éditions sont dédiées non pas à des Italiens, mais à une dame en vue du patriciat lyonnais, Marguerite de Bourg, dame de Gage, veuve du fameux Antoine Bullioud. Très liée avec Ridolfi, qui lui adressa la Lezzione sopra un sonetto di M. della Casa (Lyon, Rouillé, 1560) de Benedetto Varchi, précédée d’une épître qu’on peut lire comme une véritable déclaration d’amour, et qui fera d’elle le personnage féminin de son Aretefila (Lyon, Rouillé, 1560), Marguerite de Bourg parlait parfaitement l’italien et le latin. L’érudit mentionnait en outre le cabinet de la dame, recouvert d’inscriptions en trois langues, dans lequel, parmi les « ornatissime e celesti pitture », des livres « così toscani e latini come francesi [7] » . L’italien de surcroît était considéré comme une langue initiatique et une forme de distinction, servant dans un code social et amoureux propre à un petit cercle lyonnais. La dédicace du Petrarca de 1558 confirmait les progrès de Mme de Gage ; personne ne pouvait comprendre l’œuvre et l’apprécier mieux qu’elle, qui, maîtrisant la prose, s’initiait désormais à la poésie italienne :

  • che voi così bene questa lingua intendiate, così vagamente parliate et anco leggiadramente scriviate non solamente nelle prose […] ma etiamdio se voleste a questa lingua quel favore porgere che alla vostra fate, in essa leggiadramente rimereste, come nella vostra propria natia fate eccellentemente et con divina grazia [8].

Marguerite devenait à Lyon la protectrice de l’italien, et elle devait s’exercer à poétiser dans cette langue aussi bien qu’elle le faisait en français. Le rimario établi par Ridolfi lui serait très utile à cet effet, « sommamente utile à chi rimare leggiadramente, et senza volere i segni del Petrarca trapassare, si prende cura [9] ». Or, dès 1550, dans la préface de la seconde édition de son Pétrarque, dédiée à Mannelli, Rouillé avait justifié la présence et l’utilité de ce rimario :

  • cosa grata, se non ad altri, a molti nostri giovani Franzesi che della vostra bella lingua toscana sono da non molto tempo in qua molto studiosi divenuti  [10].

Le libraire développait certes un argument topique à valeur publicitaire ; car les lecteurs français n’étaient pas si nombreux à composer des vers italiens. Il faisait surtout une allusion précise aux travaux littéraires de Marguerite de Gage et de son cercle, aux essais de poésie vernaculaire parmi lesquels des essais de poésie en langue italienne sur le modèle même de Pétrarque, sous le patronage de Ridolfi.

Hauteur : 111 mm. Veau blond, dos orné, pièce de titre, triple filet encadrant les plats, filet sur les coupes, gardes bleues, tranches rouges (reliure française du XVIIIe siècle).

Provenance : signature du XVIe siècle sur le titre Baulteloque (?).

→ Marsand, p. 70-71 ; Hortis, 105 ; Fiske, 32 ; Picot, Français italianisants, t. I, p. 205-207, n° 22 ; Baudrier, IX, p. 246-247 ; Olschki, 37 ; Fowler, p. 105 ; BL, 505 ; Mortimer, 429 ; Balsamo, Pétrarque, 1558 (recense 9 exemplaires en France) ; Bingen, p. 284-284, n° 3 (recense 21 exemplaires), et compléments dans « Les éditions lyonnaises de Pétrarque dues à Jean de Tournes et à Guillaume Rouillé », in Les Poètes français de la Renaissance et Pétrarque, p. 139-156 ; Ley, 232 (recense 27 exemplaires).

[1Sur la politique éditoriale de ce libraire, voir N. Z. Davis, « Publisher Guillaume Rouillé, Businessman and Humanist », dans Editing Sixteenth Century Text, éd. R. J. Schoeck, Toronto, 1966, p. 72-112.

[2L’expression est de Jean-Baptiste du Four, lettre à Rigal de Saint-Marsal, dans Il Decamerone, Lyon, Rouillé, 1555, p. 927-932.

[3Issu d’une illustre famille florentine alliée aux Strozzi et à Catherine de Médicis, Lucantonio Ridolfi était né le 17 octobre 1510, deuxième des huit enfants du gonfalonier Giovanni Francesco Ridolfi, de la branche des Ridolfi di Piazza, et de Camilla di Pier Francesco Pandolfini. Sur le personnage, voir E. Guidicci, « Lucantonio Ridolfi et la renaissance franco-italienne », Quaderni di filologia e lingue romanze, nouvelle série, I, 1985, pp. 111-150.

[4Epître de Rouillé à Ridolfi, Lyon, 2 janvier 1550, dans Il Petrarca con nuove e brevi dichiarationi, Lyon, Rouillé, 1550, p. 2-4.

[5Epître de Rouillé à Marguerite de Bourg, dans Il Decamerone, cit., p. 3-8.

[6Membre d’une famille florentine établie à Lyon depuis le début du XVIe siècle.

[7Epître de Ridolfi à Marguerite de Bourg, 1er janvier 1550, dans Due Lezzioni di M. Benedetto Varchi, Lyon, Rouillé, 1560, p. 3-9. Une autre lettre de Ridolfi à Marguerite, non datée, est publiée dans les Lettere volgari di diversi nobilissimi huomini libro III, Venise, Aldo, 1564, f. 137.

[8Epître de Rouillé à Marguerite de Bourg, non datée, dans Il Petrarca, 1558, p. 5-9.

[9Epître de Rouillé à Marguerite de Bourg, dans Il Petrarca, 1564, f. 2-4.

[10Epître du 12 janvier 1551 de Rouillé à Mannelli, dans Il Petrarca, 1550, p. 3-5.

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