accueil

PETRARCA (Francesco), Toutes les Euvres vulgaires (1555)

1

tovtes/ LES EVVRES/ vulgaires/ de francoys petrarque./ Contenans quatre Liures de M. D. Laure d’A-/uignon sa maistresse : Iadis par luy composez en/ langage Thuscan, & mis en Françoys par Vas-/quin Philieul de Carpe[n]tras Docteur es Droictz./ Auecques briefz Sommaires ou Argume[n]s requis/ pour plus facile intelligence du tout./ [marque : spes mea devs/ ie espere en diev qvi maidera]/ en avignon./ De l’Imprimerie de Barthelemy/ Bonhomme./ Auec priuilege du Roy./ 1555.

In-8° [200] feuillets signés A-Z8 2A-2B8 paginés (1-2) 3-7 (8) 9-198 196 200-240 251-291 (292) 293-329 315 331-337 (338) 339-409 [I bl.]. Marque sur le titre (49 mm). Lettrines ; caractères italiques.

Première traduction française du Canzoniere et des Trionfi de Pétrarque, par Vasquin Philieul (1552-c. 1586), de Carpentras [1], dédiée à Catherine de Médicis, personnage emblématique de la « concorde des deux langues » et de l’union politique entre la France et l’Italie, voulue par les Valois. Elle est établie sur l’édition de Vellutello, voir ce volume. Philieul avait donné en 1548 une première partie de sa traduction sous le titre de Laure d’Avignon (Paris, Jacques Gazeau) [2] ; cette version proposait la première partie, contenant les rime in vita. L’édition publiée en 1555 complétait cette première partie, reproduite avec quelques variantes, des pièces in morte, des pièces diverses, dont les sonnets avignonais, et des Triumphes. De nombreux poèmes, en particulier dans la première et la troisième partie, sont introduits par des « argumens » en prose, contribuant à l’interprétation biographique du poème, comme le récit d’une passion vécue et mettant en exergue la dimension provençale, par des précisions sur les lieux et les personnes.

Dans sa version, Philieul utilisait cinq des six sonnets déjà traduits par Clément Marot et publiés en 1539, et un sonnet par Bussely, de Lenoncourt. La traduction de Philieul est d’une grande fidélité, respectant à la fois la construction rhétorique des poèmes et leur lexique, en cherchant à concilier cette fidélité avec les exigences de la versification française. Souvent heureuse, la traduction de Vasquin Philieul, remarquée par Du Bellay, qui rappelle la difficulté de rendre « la mesme grace et nayveté [3] » de l’original italien, joua un rôle véritablement séminal pour la poésie française de la Renaissance. Constituant en fait le premier canzoniere en français, elle contribua à la fois à faire connaître la poésie lyrique de Pétrarque, point fort de la culture vernaculaire de cour depuis François Ier, à la présenter comme le modèle d’une nouvelle poésie, et à donner les clefs de son imitation, en développant une forme jusqu’alors quasi inconnue, le sonnet. Philieul utilise généralement le vers décasyllabique, mais invente aussi le sonnet en alexandrins (deux dans la première partie, un dans la deuxième partie, mais sept dans la troisième partie), il expérimente les différents schémas de rime, en privilégiant les solutions originales (formule marotique ccdeed, ou cdcdee), étrangères à la tradition italienne.

Le privilège au nom de Vasquin Philieul, et l’absence d’une cession peut indiquer une édition à compte d’auteur, ce que confirme l’achevé d’imprimer, « du consentement dudict Philieul ». L’édition de 1548 ne portait qu’une mention du même privilège, pour cinq ans, sans achevé d’imprimer et n’était sans doute qu’une édition à l’essai, dont on ne connaît que quelques exemplaires. Dans les deux cas, les imprimeurs, Gazeau et Bonhomme, ne jouant qu’un simple rôle technique. Les frères Bonhomme, Barthélemy et Macé, exercèrent brièvement en Avignon, entre 1553 et 1555.

Hauteur : 162 mm. Veau brun-rouge ; dos à cinq nerfs, les compartiments encadrés de deux filets dorés ; double encadrement de deux filets dorés sur les plats, filet sur les coupes, dentelle intérieure ; tranches dorées (reliure moderne, vers 1930, signée Vallat, relieur à Montpellier).

Provenance : catalogue de la Librairie Henner, 2000, n° 257 ; ex-libris Jean Paul Barbier-Mueller.

→ Marsand, 69 ; Brunet, IV, 562 ; Baudrier, X, 182 ; Picot, Français italianisants, p. 44 ; Répertoire bibliographique des livres imprimés en France au Seizième siècle, VI, Baden-Baden, 1970, 14 [Avignon], n° 10 (recense 10 exemplaires ; BL, 347 ; Balsamo, Pétrarque (recence 17 exemplaires en France) ; J. P. Barbier-Mueller, Ma Bibliothèque poétique, IV, t. 5, à paraître (cet exemplaire).

[1Originaire de Carpentras, fils d’un notaire, Vasquin Philieul (1522-c.1582) fut chanoine de N. D. des Doms en Avignon et juge à la cour temporelle du Comtat. Il laissa d’autres traductions, en particulier le Jeu des eschecs, de Girolamo Vida (Paris, 1559), le Dialogue des devises d’armes et d’amours de Paolo Giovio (Lyon, 1561), des ouvrages spirituels et quelques pièces de vers isolées.

[2Voir J. P. Barbier-Mueller, Ma Bibliothèque poétique, I, Genève, Droz, 1973, n° 60, p. 149.

[3J. du Bellay, La Deffence et Illustration de la Langue Françoyse [1549], éd. H. Chamard, Paris, stfm, 19974, p. 37 ; Du Bellay précise : « toutesfois, quelques uns de notre tems ont entrepris de le faire parler Françoys ».

© 2000-2017 Tous droits réservés - Fondation Barbier-Mueller pour l'étude de la poésie italienne de la Renaissance. Design : Aldemos |